Silicon Valley of Death #1

02.04.2023

Le projet Silicon Valley of Death consiste en une installation artistique visant à interroger la relation entre la forme des enceintes “intelligentes” Google Nest mini et leur fonction.
Ce travail part du constat que le design des enceintes “intelligentes” en général et des Google Nest mini en particulier, ne traduit pas expressément leur fonctionnement mais uniquement la manière dont l’utilisateur se voit proposer d’interagir avec l’objet.

En tant que designer produit, et en prenant appui sur le célèbre précepte de l’architecte Louis Sullivan “Form Follow Function” (la forme suit la fonction) je me suis alors interrogé sur la corrélation possible entre la forme de cet objet et son fonctionnement. Pour cela j’ai choisi d’expérimenter une approche plus artistique allant à rebours des pratiques de design traditionnelles. Ainsi, plutôt que de repenser la forme de cet objet, j’ai entrepris de redonner du sens à son design en modifiant sa fonction. Initialement conçu pour répondre aux sollicitations de son utilisateur tout en se faisant le plus discret possible, j’ai fait le choix de lui attribuer une vocation supplémentaire de l’ordre d’un comportement traduisant l’activité réseaux liée à son usage. De cette façon, l’objet devient, en plus d’un “assistant” le propre témoin d’une partie de son fonctionnement en ligne, habituellement imperceptible.

Ma réflexion quant à la mise en forme de ce comportement s’appuie sur la représentation généralement acceptée du design de cet objet, qui est celle d'un galet. En effet, avec sa forme de sphère aplatie, sa petite taille et sa couleur grise par défaut, le Google Nest mini est largement reconnu comme "le galet". Cette caractéristique, qui identifie ce dernier à un objet connu de tous et inerte, le rend particulièrement opaque et brouille la lisibilité quant à son fonctionnement, mais elle est également chargée d’une valeur sémantique forte, propice à servir de base pour la conception d’un comportement dont le sens soit identifiable par le plus grand nombre. Dès lors, je me suis interrogé sur la manière d'utiliser la sémantique véhiculée par cette apparence de galet comme un moyen de traduire l'activité réseaux liée à l’utilisation de cet objet.

En m’inspirant d’un mystérieux phénomène selon lequel, dans la vallée de la mort, des pierres se déplacent sans que personne ne les voient faire et sans explications apparentes, j’ai entrepris d’attribuer à ce Google Nest mini, la faculté de se déplacer d’une façon similaire. Cela s’est manifesté par le design d’un comportement vibratoire produisant des déplacements subtils et succincts. Ces mouvements sont directement corrélés à l’analyse en temps réel du trafic réseau aussi appelée Packet Sniffing, une méthode utilisée aussi bien en cybersécurité pour la résolution de problèmes que par les hackers dans le but d’intercepter des informations sensibles.

Ainsi augmenté et disposé au sol - dans le cadre de sa première présentation - l’objet semble susciter l’empathie du public dès lors que ce dernier constate son déplacement. D’aucuns lui attribue une intention, sans qu’ils en saisissent nécessairement le sens, tandis que d’autres projettent sur lui une personnalité. Aussi, si cette faculté de déplacement donne au Google Nest mini une nouvelle forme d’expressivité, je constate grâce à cette première forme de diffusion qu’il n’est pas encore évident de lui attribuer un sens.

Toutefois, cette première itération et les échanges qui ont suivi, ont soulevé une piste intéressante: utiliser les vibrations qui entraînent le déplacement de l'objet pour induire non plus la sensation étrange d’un objet inerte soudainement mué d’une volonté de se déplacer, mais celle d’un environnement instable causant le déplacement de cet objet. Sur la base de cette réflexion, j’ai émis l’hypothèse qu’un plus grand nombre d’objets se déplaçant simultanément pourrait avoir une influence sur la perception du public quant à l’origine de ce mouvement. Ce dernier pourrait ainsi ne plus être perçu comme une motivation interne à l’objet mais plutôt comme un effet de l’environnement sur les objets, introduisant chez le public une forme d’inquiétude liée à sa propre présence dans l’environnement en question. De fait, cette nouvelle version pourrait davantage traduire le phénomène imperceptible, relativement inquiétant, qu’est l’activité réseau et ce en influant non plus sur l’effet de présence produit par l’objet mais directement sur un effet d’ambiance et la charge sensible véhiculée à travers celui-ci.

Aussi, j’ai entrepris une seconde itération de ce projet en augmentant le nombre de Google Nest mini. Cette nouvelle version du dispositif fera l’objet d’une nouvelle publication détaillant plus spécifiquement la mise en œuvre d’une telle installation ainsi que l'effet produit sur le public.

Références :

  1. Samuel Bianchini, Emanuele Quinz, Behavioral Objects 1 A Case Study: Céleste Boursier-Mougenot, Paris, Sternberg Press, 2016.

  2. Emanuele Quinz, Le Comportement Des Choses, Dijon, Les presses du réel, 2021.

  3. Shoshana Zuboff, L'âge du Capitalisme de Surveillance, Paris, Zulma, 2020.

  4. Martin Moreau, « Assistants personnels Outils de surveillance ciblée ou de confort augmenté ? », La Systhémathèque, sept. 2019 [URL : https://systematheque.ensci.com/article_assistant.html].

  5. Julia Velkovska, Moustafa Zouinar, et al. « Les relations aux machines "conversationnelles" Vivre avec les assistants vocaux à la maison », Réseaux, no 220-221, 2020 [DOI : 10.3917/res.220.0047].

  6. Matthew Gandy, « Urban atmospheres », cultural geographies, no 24, 2017 [DOI : 10.1177/1474474017712995].



texte par Corentin Loubet

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